Égalité salariale, une esquisse sur l'état de la question dans le monde et en Haïti

Égalité salariale, une esquisse sur l'état de la question dans le monde et en Haïti

Dans un rapport publié récemment, l’organisation internationale ONU-Femmes (2020) souligne que l’indépendance économique des femmes est indispensable pour atteindre l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. D’après EPIC, l’égalité salariale signifie que les femmes et les hommes ont le droit de recevoir une rémunération égale pour un travail de valeur égale (EPIC, 2018). Malgré les progrès qui ont été réalisés de nombreux obstacles persistent. Les modèles économiques actuels ne répondent pas aux attentes des femmes et des filles. La sécurité et l’autonomie économiques restent hors de portée pour de nombreuses femmes, en particulier pendant la période à laquelle elles sont en âge de procréer. (ONU-Femmes, 2020). Le problème de l’inégalité salariale par rapport aux sexes se révèle être transversale et a de grandes conséquences sur l’économie mondiale. D’après, un rapport de la Banque Mondiale (2018), à l’échelle mondiale, les pays perdent 160 000 milliards de dollars de richesse en raison des différences de revenus entre hommes et femmes au cours de leur vie.
Depuis la ratification de la convention 100 sur l’égalité salariale par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) en juin 1951, de nombreux travaux de recherches ont été produits pour montrer l’inégalité salariale entre les sexes dans différentes parties du monde et susciter les débats afin de trouver des solutions. Si les recherches sur ce thème ont été utiles pour démontrer leurs impacts sur les économies au niveau mondial et régional, il n’a pas encore suscité beaucoup d’intérêt en Haïti. En effet, la question de l’égalité salariale est à peine effleurée que ce soit dans les rapports des organismes internationaux ou encore dans les rapports publics. Les enquêtes qui ont été réalisées ont été peu exhaustives pour mettre en lumière les écarts de salaire entre les hommes et les femmes dans les secteurs public, privé et informel en Haïti. Dans cette revue de littérature, nous allons aborder en survol la question de l’égalité salariale au niveau mondiale, régional et local.

Bien avant la question d’égalité salariale, la nécessité d’une culture inclusive en ce qui concerne l’emploi.

Avant même d’aborder la question de l’égalité salariale, il serait important de jeter un coup d’œil sur le taux d’activité des hommes et des femmes dans le monde pour mieux saisir la réalité du plafond de verre qui limite les personnes de sexe féminin dans leur épanouissement et leur autonomisation. Selon l’OIT (2019), le taux mondial moyen des femmes en 2018 se situait à 48,5% tandis que celui des hommes était de 75%. En revanche, cette même organisation a également révélé qu’au sein de la sous-région Amérique Latine et Caraïbes (ALC), la part de l’emploi informel dans l’emploi total est plus élevée chez les femmes (54,3%) que chez les hommes (52,3%). Le Forum Économique Mondial (2017) prévoit que si l’on réduit l’écart des taux d’activité mondiaux entre hommes et femmes de 25% d’ici à 2025, 5 300 milliards de dollars supplémentaires viendront s’ajouter au PIB mondial. Dans ce rapport, l’OIT a souligné que parmi les entreprises interrogées qui suivent l’impact de la mixité dans l’encadrement, 74% déclarent des hausses de profits de 5 à 20%. Celles dotées d’une culture inclusive ont une probabilité plus élevée de 9% d’avoir un meilleur rendement.

Au niveau mondial, le taux d’emploi des femmes est inférieur à celui des hommes de 26,0 points de pourcentage (OIT, 2019). Le marché du travail doit donc évoluer encore plus vite afin d’autonomiser les femmes, dont le travail a déjà contribué à l’échelle mondiale à un grand nombre de progrès au cours des dernières décennies. Les femmes occupent principalement des emplois qui sont moins rémunérés et qui ne leur apportent pas d’avantages sociaux (ONUFemmes, 2017). Quelles que soient les régions où elles travaillent ou les tâches qu’elles accomplissent, les femmes dans le monde sont moins rémunérées que les hommes pour un travail égal. Pourtant, d’après les constats de l’ONU-Femmes, la contribution potentielle des femmes à l’économie peut contribuer à une hausse de 28 000 milliards de dollars US du PIB annuel mondial d’ici 2025. Pour lutter contre les inégalités hommes-femmes dans l’emploi, il est recommandé aux pays membres de l’OCDE adhérents de la Recommandation de 2013 sur l’égalité hommes-femmes d’encourager les politiques et les conditions de travail favorables à la vie de famille afin d’aider les femmes à prendre davantage part à l’emploi, dans le secteur privé et dans le secteur public (OCDE, 2017).

Ces dernières années, si les femmes sont plus nombreuses à avoir intégré le monde du travail, il leur est souvent plus difficile que les hommes d’accéder à un premier emploi. Leur rémunération est inférieure et elles sont davantage susceptibles de travailler à temps partiel. L’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas qu’une question d’autonomisation économique. Elle est aussi un impératif moral, une préoccupation de justice et d’équité qui recouvre de multiples dimensions – politiques, sociales et culturelles (OCDE, 2012). Au niveau local et en comparant les données sur le genre en Haïti à celles des pays de l'Amérique latine et de la Caraïbe, il s’avère qu’Haïti est le pays ayant le taux de féminisation de la fonction publique le plus bas (OMRH, 2018).
Une rémunération comprend aussi bien les primes et commissions que d’autres avantages comme une allocation de logement, une assurance maladie et retraite, téléphones mobiles, ordinateurs portables et véhicules de service (OTI, 2015). Mais il faut noter que les emplois peuvent présenter des différences – compétences, qualifications, responsabilités, efforts, conditions de travail – mais avoir la même valeur. Les écarts de rémunération entre hommes et femmes existent dans tous les pays. Cet écart, exprimé en pourcentage des gains des hommes, a été estimé à 23% à l’échelle mondiale (OIT, 2015). Autrement dit, une femme gagne en moyenne 77% de ce que gagne un homme. Cet écart se réduit lentement, mais au rythme actuel il faudrait attendre 2086 pour que l’égalité salariale soit réalisée dans le monde. Or, éliminer l’écart de rémunération entre les sexes est la meilleure manière d’améliorer la situation socioéconomique des femmes.

L’écart salarial entre hommes et femmes est un indicateur couramment utilisé. Il représente la différence de rémunération globale entre les salariés des deux sexes. D’après l’OIT, pour réduire l’écart salarial entre hommes et femmes, il faut également prendre des mesures visant à éliminer la discrimination salariale et mettre en place des cadres juridiques et des politiques de nature à garantir un salaire égal pour un travail de valeur égale pour les femmes et les hommes. Selon l’Organisation Internationale du Travail, cet écart se situe en moyenne à 18,8% à l’échelle mondiale, allant de 12,6% dans les pays à faible revenu à 20,9% dans les pays à revenu intermédiaire supérieur (OIT, 2019). Les données de la Banque Mondiale (2018) avaient démontré qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes, les pertes dues à l’inégalité entre les sexes sont estimées à 6,7 billions de dollars en 2018.

Malgré les progrès réalisés par les femmes dans de nombreuses régions du monde en matière d’insertion sur le marché de l’emploi formel, des écarts de rémunération entre les sexes continuent de caractériser l’ensemble des marchés du travail dans le monde. Soixante-cinq ans après la ratification de la Convention n° 100 de l’Organisation Internationale du Travail sur l’égalité de rémunération, les écarts de rémunération entre les sexes demeurent une réalité incontournable dans toutes les régions et dans la plupart des secteurs, et le débat politique sur la façon d’y mettre fin reste d’actualité (ONUFemmes, 2016).